19.6.07

A QUOI BON


Ce que je veux te dire
Nul ne pourrait l’entendre
Et d’abord et surtout et sûrement pas toi

Comment pourrais-je dire et atteindre ton cœur
Sans ce transit-oreilles
Sans ce pense-cerveau
Sans ce censeur-amour bloqué par l’amour-propre
Qui traduit tous les mots en petits sons perfides
Qui syntaxe l’amour, conjugue la tendresse
Accorde tous les temps à des temps révolus

Chacun des compléments modifie la teneur
Et chaque circonstance infléchit vers l’erreur
Et les mots mutilés ne se ressemblent plus

Tout s’entremêle alors : Le sujet et l’objet
Le passé, le présent et les conditionnels
On discute les lieux, le temps et la manière
Où chaque mot devient corrosif et puissant
Si bien que « papillon » n’a plus rien de léger
Surchargé tout à-coup d’un petit air frivole
Et si l’on dit « retour » on entend « Canossa »
Et à chaque « pourquoi » le tomahawk surgit

Ce que je veux te dire
Nul ne pourrait l’entendre
Et d’abord et surtout et sûrement pas toi

Je ne veux plus de guerre
Je ne veux pas de mots
Je vis comme l’enfant qui lors de sa naissance
Comprend toute sa mère et ne l’explique pas
Qui a souffert pour naître et ne lui en veut pas
Qui se blottit paisible en son cœur retrouvé
Qui vit une autre vie mais est toujours le même
Qui vit détaché d’elle et pourtant dans ses bras
Qui pleure quelquefois mais n’attend que de rire
Qui pleure quelquefois mais qui ne parle pas
Qui pleure quelquefois mais n’attend que ses bras


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