peinture de maman
"heureux qui comme Ulysse..."
ne me dis plus rien
laisse-moi la lampe
dans ce vide noir
où je me retiens
il n'y a personne
sur les pavés morts
seul mon pas résonne
la ville est muette
exsangue elle dort
des lambeaux de fêtes
s'attardent encore
un vent lourd y traîne
heurte des volets
geint dans des persiennes
balaie des allées
il n'y a personne
ville abandonnée
où mes pas résonnent
après tant d'années
dans des bassins vides
la ronce a poussé
et disloque avide
des pierres scellées
des souvenirs volent
partout soulevés
luxuriance folle
jaunis
délavés
le temps barricade
les années enfuies
les rodomontades
des nombreux amis
sont des lettres mortes
qui ont fait long feu
que le diable emporte
à la queue leu leu
la nuit m'effiloche
m'use à petits coups
ma ville-fantoche
ne tient plus debout
des relents de soufre
me piquent aux yeux
déjà je m'essouffle
et vacille un peu
plus rien ne m'accroche
me voici au bout
j'ai raté le coche
et rejoint mon trou
« à mes pieds s'enroulent des chemins immobiles »
il n'y a plus rien à tenter
la nuit comme l'espoir retombe
le vent qui vient te fait trembler
loin là-haut saigne la colombe
allons mendiant
le chemin est flou devant toi
qui s'en va sans savoir jusqu'où
qui s'entortille sous tes pas
et dont tu ne vois pas le bout
vite mendiant
ne t'attarde pas à rêver
nul ne t'a vu nul ne t'entend
avance droit sans dériver
seule l'obscurité t'attend
dis-moi mendiant
sais-tu pourquoi
exténué de lassitude
tes yeux dans les larmes se baignent
endors-toi dans ton hébétude
loin de toi la colombe saigne
allons mendiant
ferme tes bras
et sois patient
la vie s'en va
(2000)

c'est sur son champ que je m'endors
dans l'ombre bleue de ses montagnes
en moi sa voix résonne encore
dont le chant partout m'accompagne
c'est la durée où je m'ébats
le fil du temps que j'escalade
son eau fraîche jaillie pour moi
que je bois à la régalade
l'écho de son soleil me brûle
mais la nuit répand en rosée
sa paix où dorment les cigales
quand le brouillard noie ses vallées
alors les odeurs me reviennent
en bruissements et chuchotis
aussi loin que le temps m'entraîne
il est toujours là
mon pays
par l'oculus il pleut des anges
l'oeil-de-boeuf en reste figé
bâille le vantail de la grange
et claquent claquent les volets
je cherche en vain une ouverture
est-ce pour sortir ? pour entrer ?
mes doigts ne tâtent que des murs
sans plus rien d'autre à rencontrer
jadis il était des fenêtres
lumière avant les jalousies
mais leur transparence était traître
à qui pensait : pas vu, pas pris !
dans ces yeux ouverts des façades
les soleils aimaient se mirer
mais sont venues les barricades
et les yeux se sont refermés
contre la porte au lourd battant
plus tard ont grincé des serrures
il fallut fuir avant longtemps
la prison close entre ces murs
partir à jamais, disparaître
fuir ces lieux morts où l'on s'enlise
où les jalousies des fenêtres
tuent la vie comme brise-bise
par l'oculus il pleut des anges
mais je ne les vois plus voler
il ne reste rien dans les granges
et toujours claquent les volets

elle se colle au tronc
se gorge de soleil
et stridule à tue-tête un cri-cri monotone
au-dessus les grands pins s'étalent en couronne
et le sol rèche et chaud a des couleurs de miel
parfois le vent charrie une odeur de lavande
qui se mêle aux senteurs plus fortes de la mer
de plus loin vibre encor le toc-toc d'un pivert
et bruissent au soleil des mouchettes en bande
dans la mer verte et bleue de Méditerranée
dorment mes souvenirs sagement repliés
pourtant
quand le soleil se pointe à la fenêtre
quand vrombit une abeille ou que danse un nuage
ils s'étirent soudain
envahissent ma page
et je respire
emplie d'un étrange bien-être
7-3-2003
peinture de maman
franchir le seuil
sortir
affronter le soleil
qu'importe l'oeil qui cille
la lumière qui blesse
et la peau qui tant brûle
exister en lumière
pour aller son chemin
abandonner son ombre au sol rugueux du temps
