29.6.07

"la biche brame au clair de lune et pleure à se fondre les yeux"




la guiche au front de cette brune
lui donne un air malicieux
un rire tremble dans ses yeux
qui fait toute mon infortune

car moi béat comme la lune
je ne la quitte plus des yeux
la guiche au front de cette brune
lui donne un air délicieux

mais aucune réponse aucune
à mes longs appels silencieux

comme la biche au clair de lune
je brame à me fondre les yeux
...
:-))


TRES TENDRE BERCEUSE



va comme je te pousse
sans crainte ni secousse
laisse ta vie s'écouler
prends ce qui est à prendre
et jubile d'entendre
le chant du vent dans les blés

va comme je te pousse
sans inutile mousse
laisse ta bosse rouler
que la vie te soit fête
où chanter à tue-tête
malgré les espoirs en allés

va comme je te pousse
dessus cette herbe douce
si finement emperlée
relâche enfin la bonde
et vois : la lune ronde
vient éclairer ton chevet



11-06-2007




27.6.07

L'ARBRE ROUGE



je suis l'arbre rouge à la rude écorce
le porte-oiseaux des rires d'enfant
je n'en finis pas de creuser la terre
ma nourrice-mère où jeter mon ancre
j'essuie les tempêtes
lutte dans le vent
arc-bouté au sol
battu par les pluies
je suis l'arbre rouge à jamais vivant


je suis l'arbre rouge au pied libéré
libre de danser au coeur des tempêtes
même foudroyé je reste debout
et de branche en branche
attends les printemps
qui toujours reviennent
je suis l'arbre rouge à jamais vivant


je suis l'arbre rouge irrigué de sang
avec un coeur grand comme une montagne
ma couronne oscille agitée de vent
et mes bras ne sont que mâts de cocagne
baignés de soleil
parés des nuages
qu'iront décrocher des oiseaux sauvages
je suis leur abri
planté dans le vent
je suis l'arbre rouge à jamais vivant

22 juin 2007

24.6.07

NOIR


retrouvé dans de vieux papiers qui traînaient...
comm' d'hab'




Demain est arrivé
Où j’ai cessé de croire
Un rêve fracassé
Obscurcit ma mémoire
Et l’oiseau plane bas qui glisse dans ce noir

En larges gouttes drues
tombe une pluie douceâtre
Le fond de l’air est cru
Nulle flambée dans l’âtre
Au caniveau se perd lente ma vie saumâtre

Et je stagne immobile
À voir le temps qui passe
Je fus si malhabile
À y trouver ma place !

Mais à présent
Meurtrie et infiniment lasse
Je quitte sans regret cette vie délébile
Qui s’achève en impasse


Et fut bien inutile

19.6.07

MA MAISON

ANGERMANN



je la veux petite
pleine de fenêtres
que la lumière y soit chez elle autant que moi :
quatre panneaux et par-dessus, un toit...
cela suffit
il fait bon y être

pas loin un grand arbre tend ses branches
à des myriades d'oiseaux
au pied coule un petit ruisseau
dont le chant berce l'effroi de mes nuits blanches

à mon gré elle prend le large
sans secousse et sans bruit pour m'emmener
dans un autre décor où s'amarrer
au coeur d'un vert vallon ou le long d'un rivage

je la veux extensible
ouverte à ceux que j'aime et qui viennent souvent.
aux murs sont accrochés les rires des enfants
et partout aux rideaux, des bonheurs indicibles

mon chat en est le roi indifférent et sage
mon chien y fait le fou accroché à mes pas
ce que j'aime est toujours à portée de mes bras
à jamais déchargés des armes et bagages

mais je voudrais surtout qu'elle s'auto-nettoie,
s'aérant toute seule et chassant la poussière
je veux y vivre libre et en pleine lumière
avec la certitude de n'avoir jamais froid



tes mots enflent ....

AUBE

AUBE

lorsque mon corps aveugle
traverse la nuit noire
tout environné d’ombre
et déjà dans la mort
il semble à chaque fois
qu’il n’y aura pas d’aube
qu’au bout de cette nuit
il n’y aura plus rien
et que de ce néant
entrevu chaque jour
un matin
- un beau jour -
je ne sortirai plus

et pourtant la lumière est là chaque matin


oh mais de quel amour
as-tu pu m‘ éveiller

sur moi ton corps se penche
et du bout de tes doigts
tu fais reculer l’ombre aux folies étouffantes


tes nuits lavées de frais
annoncent déjà l’aube

ton souffle pur ranime
l’étincelle endormie au creux du charbon noir


vaincu le froid s’éloigne

Le soir n'est pas tombé

A QUOI BON


Ce que je veux te dire
Nul ne pourrait l’entendre
Et d’abord et surtout et sûrement pas toi

Comment pourrais-je dire et atteindre ton cœur
Sans ce transit-oreilles
Sans ce pense-cerveau
Sans ce censeur-amour bloqué par l’amour-propre
Qui traduit tous les mots en petits sons perfides
Qui syntaxe l’amour, conjugue la tendresse
Accorde tous les temps à des temps révolus

Chacun des compléments modifie la teneur
Et chaque circonstance infléchit vers l’erreur
Et les mots mutilés ne se ressemblent plus

Tout s’entremêle alors : Le sujet et l’objet
Le passé, le présent et les conditionnels
On discute les lieux, le temps et la manière
Où chaque mot devient corrosif et puissant
Si bien que « papillon » n’a plus rien de léger
Surchargé tout à-coup d’un petit air frivole
Et si l’on dit « retour » on entend « Canossa »
Et à chaque « pourquoi » le tomahawk surgit

Ce que je veux te dire
Nul ne pourrait l’entendre
Et d’abord et surtout et sûrement pas toi

Je ne veux plus de guerre
Je ne veux pas de mots
Je vis comme l’enfant qui lors de sa naissance
Comprend toute sa mère et ne l’explique pas
Qui a souffert pour naître et ne lui en veut pas
Qui se blottit paisible en son cœur retrouvé
Qui vit une autre vie mais est toujours le même
Qui vit détaché d’elle et pourtant dans ses bras
Qui pleure quelquefois mais n’attend que de rire
Qui pleure quelquefois mais qui ne parle pas
Qui pleure quelquefois mais n’attend que ses bras


EN GARDE ! :-)

De loin je te regarde
garde-moi près de toi

je suis là par mégarde
mais ne vois plus que toi

tu es ma sauvegarde
et j’apprends tout de toi
mon angoisse hagarde
s’est enfuie à ta voix
que ton amour me garde
j’ai tant besoin de toi
toujours je te regarde
garde-moi près de toi

je suis là par mégarde
mais ne vois plus que toi




10.6.07

tu es à nouveau loin


Envie d’île


J’ai une envie d’île
J’ai un besoin d’eau tout autour de moi
J’ai une envie bleue
De soleil voilé d’un plancton d’étoiles
Envie d’immersion
Une envie fœtale
Une envie d’apnée
D’un retour aux sources
En chien de fusil et suçant mon pouce
Envie d’un ressac
Envie d’un redoux aux gerces du temps
Blotti dans un nid tout tapissé d’algues
Envie du silence où dansent des vagues
J’ai une envie d’île
Une envie d’atoll qui s’endort le soir
Avec dans son cou les hoquets du vent
Et tout alentour la mer bleue qui veille.

Jean BARBE

Isé



de l'eau qui va,
du temps qui passe,
des fleurs qui se dispersent,
lequel voudrait m'entendre
si je lui disais d'attendre ?

Anonyme,
Récits de la province d'Isé.
(citation japonaise, vers la fin du IXe siècle)


ne dis plus rien


acquiesce au bonheur noir qui passe
et déjà fauve et presque fou
mais semblant déjà en partance
par tous les mots cachés derrière ton visage


oh vienne le temps de la transhumance
des souvenirs morts embaumés en moi

1965

j'aime les rêves


Je n’attends rien de toi
c’est moi que je te donne
seulement pour la joie
de ne servir à rien
d’être un “plus” anodin
un surplus qui ronronne
dont tu n’as pas besoin
qui encombre tes mains
que tu flanques distrait
dans le fond d’une poche


mais…

:-))

et me voilà


oh ta douceur de mousse
qui si tendrement bruit !
lentement sans secousse
je glisse dans ta nuit
des coussinets ta patte
effleure mon visage

oh sors tes griffes
tue-moi
ouvre tout grand la cage
que ma pesante vie s’échappe enfin de moi
2000

BANQUEROUTE


et puis la glace s'est brisée
la banquise même a cédé
ouvrant la voie a l'océan
qui la grignote à belles dents

sans cette calotte glaciaire
qui lui donnait l'air débonnaire
notre vieille terre
bonne mère !
survivra-t-elle à la misère
d'avoir perdu son bonnet blanc ?
2001