MARIEKE
Jacques BREL (1961)
Ay Marieke, Marieke je t'aimais tant
Entre les tours de Bruges et Gand
Ay Marieke, Marieke il y a longtemps
Entre les tours de Bruges et Gand
Zonder liefde, warme liefde
Waait de wind, de stomme wind
Zonder liefde, warme liefde
Weent de zee, de grijze zee
Zonder liefde, warme liefde
Lijdt het licht, het donker licht
En schuurt de zand over mijn land
Mijn platte land, mijn Vlaanderenland
Ay Marieke, Marieke le ciel flamand
Couleur des tours de Bruges et Gand
Ay Marieke, Marieke le ciel flamand
Pleure avec moi de Bruges à Gand
Zonder liefde, warme liefde
Waait de wind, c'est fini
Zonder liefde, warme liefde
Weent de zee, déjà fini
Zonder liefde, warme liefde
Lijdt het licht, tout est fini
En schuurt het zand over mijn land
Mijn platte land, mijn Vlaanderenland
Ay Marieke, Marieke le ciel flamand
Pesait-il trop de Bruges à Gand
Ay Marieke, Marieke sur tes vingt ans
Que j'aimais tant de Bruges à Gand
Zonder liefde, warme liefde
Lacht de duivel, de zwarte duivel
Zonder liefde, warme liefde
Brandt mijn hart, mijn oude hart
Zonder liefde, warme liefde
Sterft de zomer, de droeve zomer
En schuurt het zand over mijn land
Mijn platte land, mijn Vlaanderenland
Ay Marieke, Marieke
Revienne le temps
Revienne le temps
De Bruges et Gand
Ay Marieke, Marieke
Revienne le temps
Où tu m'aimais
De Bruges à Gand
Ay Marieke, Marieke
Le soir souvent
Entre les tours
De Bruges et Gand
Ay Marieke, Marieke
Tous les étangs
M'ouvrent leurs bras
De Bruges à Gand
De Bruges à Gand
De Bruges à Gand
De Bruges à Gand
De Bruges à Gand
De Bruges à Gand
Après deux années passées à l’étranger, je savourais pleinement chaque parcelle de ce passé qui m’était enfin rendu, dans lequel je retrouvais avec bonheur mes racines ! J’étais de retour chez moi après ce long exil !
Etendue sur le sable de la plage de mon enfance, je m’offrais au soleil, ronronnant aussi béatement qu’un chaton lové sur son coussin familier.
Aïe ! Marieke Marieke je t’aimais tant
Entre les tours de Bruges et Gand
Aïe ! Marieke Marieke il y a longtemps
Aïe ! Quelque chose vient de me pincer brutalement, de m’emporter ailleurs, loin de mon berceau en Méditerranée, m’emporte et me ramène là-bas, me replonge brutalement dans ce passé tout proche que j’avais cru sans importance en en refermant la parenthèse.
Je me souviens qu’il pleuvait à Gand le jour où j’avais admiré en silence l’élégante Cathédrale de Saint-Bavon avec sa si belle tour formant tout à la fois façade et porche !

Tout comme il pleuvait aussi le jour où j’avais visité Bruges-la-magnifique, celle que l’on appelle la petite Venise du Nord !
Sous mes yeux fermés glissent les canaux à l’eau verdâtre où se reflètent les splendides pignons des maisons qui les bordent et où dansent les feuillages des arbres qui s’y mirent

Repasse sous mes paupières l’éblouissement que j’avais eu à découvrir la luminosité si particulière qui éclaboussait les ciels au-dessus de la mer du Nord, cette grande belle dame grise devant laquelle j’étais restée pétrifiée d’émotion, émerveillée par son éclat, subjuguée par cette majesté si différente de ma mer aux bleus de carte postale
D’emblée elle m’avait fait comprendre tout à la fois ce qu’étaient la lumière et la nuance
Aïe ! Marieke Marieke il y a longtemps
Entre les tours de Bruges et Gand
Ensuite il y avait eu la découverte de Vermeer et la longue visite du Kröller-Muller où Marta Pan exposait ses sculptures flottantes ! Il y trônait ce jour-là, juste à l’entrée du Parc « le Roi et la Reine » de Henry Moore, à jamais assis au fond de mes yeux

J’avais déambulé longtemps dans ce parc, allant d’éblouissement en émerveillement, jusqu’à découvrir, en pénétrant dans le bâtiment principal, le magnifique «cheval » de Marini avec son petit cavalier dont le pied formé d’un sabot de cheval m’avait bouleversée…
Plus tard, j’avais été conquise par la magie d’Amsterdam

Et j’avais poussé plus au Nord, encore, jusqu’en Frise où j’avais à tout jamais rempli mes yeux de cette lumière qui brusquement se mettait à me manquer
VermeerAïe ! Marieke Marieke revienne le temps
revienne le tempsde Bruges à Gand
Je flottais dans la luminosité si particulière de ce là-bas qui était devenu tellement mien, qu’il avait laissé, sans que je ne m’en sois encore aperçue, cet immense vide en moi
Aïe ! Marieke Marieke tous les étangs
M’ouvrent leurs bras de Bruges à Gand
La voix de Brel continuait en sourdine à me parler avec l’accent de là-bas des maisons rouges, des ciels et des interminables crépuscules de là-bas et un vertige me prend face à ce vide béant en moi
(à Martelange)
Il m’a fallu un mois de plus ;
Un mois pour réaliser tout ce qu’il m’avait été donné de découvrir au cours de ces deux années d’exil ;
Un mois pour comprendre que je ne pourrais plus jamais vivre ailleurs ;
Un mois pour me décider à revenir définitivement dans ce pays qui m’avait fait renaître.