28.1.09

DES LIENS AUTREMENT INDÉFECTIBLES !!!

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Deux sœurs !
Quel lien peut-il les unir ?
D’avoir « habité » la même mère ?
Puis la même maison ?
D’y avoir partagé les mêmes parents dans la même atmosphère ?
D’avoir été à la même école, partagé les mêmes activités, évolué dans la même société, partagé les mêmes amis ?

D’avoir « grandi » ensemble… ?


Je repense à cet épisode de notre vie : j’avais quitté la maison depuis deux ans au cours desquels nous nous étions toutes deux mariées et voilà que je revenais cet été-là avec mon bébé.

Comme d’habitude, la capitale était désertée pendant la saison chaude que mes parents passaient à la montagne ; ma sœur y était aussi, quelques maisons plus loin, avec son mari et nous avions une immense joie à nous retrouver quotidiennement.

Un jour où je la voyais si attendrie d’avoir mon fils dans les bras, j’ai demandé ce qu’elle attendait pour lui donner un petit cousin ou une petite cousine et j’ai vu son visage s’éteindre, se fermer… Elle a fini par me dire qu’elle ne savait pas, que son mari redoutait tellement toutes les anomalies et malformations qui peuvent survenir… et que de toute façon, rien ne pressait…

Quelques jours plus tard, au cours d’une soirée que nous passions ensemble, mon fils s’est éveillé pour son dernier biberon. Après m’en être occupé, je l’ai déposé sur les genoux de mon beau-frère ravi puis lui ai posé la même question.
Il s’est exclamé :
-- ah ! Si j’étais certain d’en avoir un comme celui-là, je dirais « oui tout de suite » !
-- et pourquoi donc serait-il différent ?
Il m’a alors raconté qu’il avait visité à 18 ans une sorte d’asile où il n’y avait que des enfants malformés et cela l’avait totalement traumatisé.
Nous avons continué à bavarder jusqu’au moment où j’ai fini par dire :
-- mais je suis tellement certaine que cela n’arrivera pas que je suis prête, si jamais c’était le cas, à consentir à un échange.

Nous avons ri ensemble de mon exaltation excessive à laquelle la maternité n’avait apparemment rien changé et nous avons parlé d’autre chose.

Deux mois plus tard, de retour chez moi, j’ai reçu une lettre de ma sœur m’annonçant qu’elle attendait un bébé.
Nous étions en 1961.


Et le temps passe.




Ma sœur m’écrit souvent, me dit qu’elle a plein de malaises ; son médecin lui a bien donné un médicament qu’elle peut prendre pour la soulager mais elle a décidé de s’en priver POUR MOI, par solidarité avec moi qui me trouve dans une situation si difficile où elle ne peut rien faire d’autre pour m’aider…
Elle évoque les vases communicants et m’explique qu’elle offre ses difficultés dans l’espoir qu’elles se mueront en grâces protectrices dont je bénéficierais…

Et le temps continue de passer jusqu’à l’accouchement : elle a eu un merveilleux bébé, très vite arrivé, sans aucune difficulté et c’est une immense joie que nous partageons par-delà toute la distance.


Quelques mois plus tard, les journaux parlent à grand fracas d’un médicament qui vient d’être interdit sur le marché.




Bouleversée, je téléphone aussitôt à ma sœur ; je lui demande si elle a toujours le médicament que lui avait prescrit son médecin
-- oui, non, je ne sais pas… je ne l’ai jamais pris, me dit-elle très étonnée ; pourquoi me demandes-tu ça ?
-- l’as-tu encore ? où l’aurais-tu mis ? Va voir et dis-moi
-- mais pourquoi ? Je suppose qu’il est encore dans le tiroir de ma table de nuit ; attends, je vais voir
Et, au bout d’un moment :
-- oui, je l’ai ; toujours intact.
-- comment s’appelle-t-il ?
-- KEVADON

C’était bien de la THALIDOMIDE





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