28.1.09

DES LIENS AUTREMENT INDÉFECTIBLES !!!

*





Deux sœurs !
Quel lien peut-il les unir ?
D’avoir « habité » la même mère ?
Puis la même maison ?
D’y avoir partagé les mêmes parents dans la même atmosphère ?
D’avoir été à la même école, partagé les mêmes activités, évolué dans la même société, partagé les mêmes amis ?

D’avoir « grandi » ensemble… ?


Je repense à cet épisode de notre vie : j’avais quitté la maison depuis deux ans au cours desquels nous nous étions toutes deux mariées et voilà que je revenais cet été-là avec mon bébé.

Comme d’habitude, la capitale était désertée pendant la saison chaude que mes parents passaient à la montagne ; ma sœur y était aussi, quelques maisons plus loin, avec son mari et nous avions une immense joie à nous retrouver quotidiennement.

Un jour où je la voyais si attendrie d’avoir mon fils dans les bras, j’ai demandé ce qu’elle attendait pour lui donner un petit cousin ou une petite cousine et j’ai vu son visage s’éteindre, se fermer… Elle a fini par me dire qu’elle ne savait pas, que son mari redoutait tellement toutes les anomalies et malformations qui peuvent survenir… et que de toute façon, rien ne pressait…

Quelques jours plus tard, au cours d’une soirée que nous passions ensemble, mon fils s’est éveillé pour son dernier biberon. Après m’en être occupé, je l’ai déposé sur les genoux de mon beau-frère ravi puis lui ai posé la même question.
Il s’est exclamé :
-- ah ! Si j’étais certain d’en avoir un comme celui-là, je dirais « oui tout de suite » !
-- et pourquoi donc serait-il différent ?
Il m’a alors raconté qu’il avait visité à 18 ans une sorte d’asile où il n’y avait que des enfants malformés et cela l’avait totalement traumatisé.
Nous avons continué à bavarder jusqu’au moment où j’ai fini par dire :
-- mais je suis tellement certaine que cela n’arrivera pas que je suis prête, si jamais c’était le cas, à consentir à un échange.

Nous avons ri ensemble de mon exaltation excessive à laquelle la maternité n’avait apparemment rien changé et nous avons parlé d’autre chose.

Deux mois plus tard, de retour chez moi, j’ai reçu une lettre de ma sœur m’annonçant qu’elle attendait un bébé.
Nous étions en 1961.


Et le temps passe.




Ma sœur m’écrit souvent, me dit qu’elle a plein de malaises ; son médecin lui a bien donné un médicament qu’elle peut prendre pour la soulager mais elle a décidé de s’en priver POUR MOI, par solidarité avec moi qui me trouve dans une situation si difficile où elle ne peut rien faire d’autre pour m’aider…
Elle évoque les vases communicants et m’explique qu’elle offre ses difficultés dans l’espoir qu’elles se mueront en grâces protectrices dont je bénéficierais…

Et le temps continue de passer jusqu’à l’accouchement : elle a eu un merveilleux bébé, très vite arrivé, sans aucune difficulté et c’est une immense joie que nous partageons par-delà toute la distance.


Quelques mois plus tard, les journaux parlent à grand fracas d’un médicament qui vient d’être interdit sur le marché.




Bouleversée, je téléphone aussitôt à ma sœur ; je lui demande si elle a toujours le médicament que lui avait prescrit son médecin
-- oui, non, je ne sais pas… je ne l’ai jamais pris, me dit-elle très étonnée ; pourquoi me demandes-tu ça ?
-- l’as-tu encore ? où l’aurais-tu mis ? Va voir et dis-moi
-- mais pourquoi ? Je suppose qu’il est encore dans le tiroir de ma table de nuit ; attends, je vais voir
Et, au bout d’un moment :
-- oui, je l’ai ; toujours intact.
-- comment s’appelle-t-il ?
-- KEVADON

C’était bien de la THALIDOMIDE





*

23.1.09

le départ de maman

*






*

Il était parti

On l’avait emmené pour un simple examen médical et il était parti en lui disant :
-- ne t’en fais pas, je vais revenir
Mais il n’était pas revenu


Elle ne parle pas, regarde son fils qui vient pour lui annoncer la nouvelle.
Mais il ne dit rien, il n’a rien pu dire ; comment lui dire que ce grand homme, ce mari, ce père, brusquement à bout de forces avait secoué la tête en murmurant : « c‘est maintenant ! »
Puis :


« aidez-moi à me redresser, encore un peu ! Voilà ! Comme ça c‘est bien ! »

Il souriait, les yeux clos.
Il leur avait fallu un long moment pour s’apercevoir que les aiguilles sur les cadrans des machines s’étaient immobilisées, qu’il était parti, son indéfinissable sourire toujours sur ses lèvres…

L’a-t-elle vu, dans le regard de son fils ?
En avait-il gardé le reflet sur son propre visage ?
Elle n’a pas eu besoin de mots pour comprendre.
Elle l’a pris dans ses bras, étreint ce fils bouleversé qui se tenait devant elle.

-- il faut prévenir tous les autres.

Elle avait eu six enfants et gardait en toute circonstance le réflexe de la famille nombreuse bien après leur départ de la maison : Il y a plus de trente ans qu’ils ont commencé à s’éloigner ! Ils sont tous très loin, depuis si longtemps déjà ; il reste juste encore au pays ce fils et une fille qui habite tout près…

Elle a ensuite attendu qu’on lui ramène le corps et, avec beaucoup de calme elle a fait ce qu’il y avait à faire, ce jour-là et les jours suivants, jusqu’à l’enterrement, jusqu’au départ de la dernière visite…

Doucement alors, elle dit à son fils :

-- Rentre chez toi maintenant, ta femme et tes enfants t’attendent. Tu dois retourner auprès d’eux.

Il sursaute. Il se demandait justement ce qu’il allait se passer maintenant et ne trouvait aucune solution acceptable. Elle se retrouvait seule à 75 ans, dans un pays saccagé et incertain…

-- mais, je ne peux pas te laisser comme ça !

-- bien sûr que si, répond-elle gravement, ta place est auprès de ta femme et de tes enfants… J’ai été très heureuse que tu restes avec moi ces jours-ci et je t’en suis reconnaissante ; mais maintenant, tout doit rentrer dans l’ordre.

-- sois raisonnable maman, tu n’as jamais vécu seule, tu ne le supporteras pas.

Elle sourit et hoche la tête

-- je ne suis pas seule mon chéri, ton père est avec moi comme il l’a toujours été… plus de cinquante années passées ensemble, tu penses bien que ça ne s’efface pas d’un coup ! et puis, la bonne est toujours là et le téléphone fonctionne encore…. Allons rentre vite, et embrasse bien ta femme et tes enfants pour moi.

Vaincu, il baisse la tête, hésite pourtant mais elle semble si sereine…

Quelques jours plus tard, elle lui téléphone :

-- je devrais voir le notaire, il y a des papiers à mettre en ordre ; veux-tu lui demander de venir ?

-- bien sûr ! je le fais de suite et te rappelle

Le notaire est venu ; elle expose calmement ce qu’elle veut, expliquant la façon dont il faut procéder pour tout clarifier et faciliter la succession. Son fils n’en revient pas.
Sitôt le notaire parti, il s’étonne :

-- Je ne m’étais jamais douté que tu connaissais toutes ces procédures !

-- Bien sûr que je ne les connaissais pas ! dit-elle en riant

-- Mais alors ?

-- Maintenant je les connais, depuis que ton père m’a indiqué ce que je devais faire et dire

-- Papa ? mais quand donc ? il n’avait jamais voulu s’en occuper …

-- Tous ces jours-ci, après m’avoir dit où étaient rangés tous les papiers, il m’a longuement expliqué ce que je devais en faire.

Il ne lui pose pas de questions ; avec elle, ce n’est pas la peine, elle ne répondra plus ; il est pourtant intrigué par son comportement et sa sérénité. Sa vie se déroule sans heurt, ses deux enfants présents l’entourent le plus possible, viennent chaque fois qu’ils le peuvent. Elle n’est pas accablée, bien au contraire ; elle serait même plutôt joyeuse ?

Ce dimanche-là, ils sont venus tous deux avec leur conjoint et leurs enfants : elle bavarde gaiement, une lumière pétille dans ses yeux. Au dessert, elle dit :

-- J’ai une grande nouvelle à vous annoncer : j’ai fait un rêve

Tous la regardent, suspendus : ses rêves, quand elle en fait, ils connaissent, ils savent ce que ça signifie : c’est toujours important, c’est toujours vrai aussi…

-- J’ai rêvé de votre père, je l’ai vu et il m’a dit qu’il allait enfin venir me chercher

Un silence de mort s’est abattu dans la pièce ; tous les regards stupéfaits, consternés, sont fixés sur elle qui poursuit, comme si elle ne mesurait pas la portée de ce qu’elle vient de dire :

-- Allons, allons, ne faites pas cette tête-là ! c’est une bonne nouvelle pour nous tous ! mais d’abord, surtout, pour moi ! Attendez que je vous raconte :

Elle se lève, rejoint le salon, se retourne en leur indiquant un endroit bien précis, mime la scène :

-- Voilà : il se tenait debout, là, exactement à cet endroit : il avait les deux mains derrière le dos ses yeux pétillaient de malice et il souriait comme quand il préparait une surprise… vous vous en souvenez, n’est-ce pas ? Moi, je sortais de ma chambre quand je l’ai vu ; j’ai alors couru vers lui et j’ai voulu l’embrasser mais il m’a dit « non, ne me touche pas, pas encore » alors je lui ai dit – elle parlait de sa voix chantante, tout son visage exprimait un désarroi de petite fille- « mais pourquoi ? Tu me manques tellement, je voudrais tant être près de toi ! C‘est si long d’encore attendre ! »


Il a eu alors une expression d’une infinie tendresse et m’a dit gravement :


«oui, tu me manques aussi, mais cela ne tardera plus maintenant, je vais bientôt venir te chercher, très bientôt »


je me suis alors réveillée, pleine de joie et je souhaite ardemment que vous la partagiez avec moi !

Personne ne dit rien, il n’y a rien à dire : elle va bien, elle est bien, il n’y a aucune raison de s’inquiéter dans l’immédiat, rien ne laisse supposer une fin imminente, rien, sinon ce qu’elle vient de leur dire, et ils savent tous que ses rêves sont toujours vrais et que si elle le dit de cette façon, c’est que sa mort est imminente et qu’elle est inévitable …

Ils passent au salon pour prendre le café, s’attardent un peu plus que de coutume, chacun pensant à part soi à ce qu’elle vient de leur révéler
C’est dimanche, aujourd’hui, un jour pas comme les autres.

Le mercredi suivant, c’est sa fille qui est venue le soir, elles ont dîné ensemble puis, à la fin de la soirée, elle l’a aidée à faire sa toilette, à se mettre au lit. Avant de partir, elle a encore répété à la bonne de bien faire attention, de ne pas hésiter à l’appeler à la moindre alerte, puis elle est rentrée chez elle ; elle habite tout près de là, avec son mari et ses deux grands enfants.

Peu après, la bonne perçoit un bruit en provenance de la chambre et prête l’oreille : Elle l’entend se lever et sortir de la chambre ; elle pense :


« Madame aura sans doute oublié ses lunettes au salon TV et s’en va les prendre.»


Elle reste pourtant à l’écoute, attentive, épiant les bruits jusqu’à celui d’une chute qui la fait se précipiter ; elle la voit à terre, se rue sur le téléphone et appelle sa fille qui aussitôt revient chez sa mère en courant, mais son fils de 20 ans, plus rapide qu’elle, est entré le premier dans la maison.




*




-- je me suis dépêchée autant que j’ai pu et, j’ai honte de le dire, je pensais surtout à mon fils en me disant : « ce n’est pas un spectacle pour lui, j’aurais tant voulu lui éviter ça » ; en entrant dans la maison, c’est surtout lui que mes yeux cherchaient…

il s’était laissé choir sur le sol, il avait la tête penchée et il souriait…
j’ai alors suivi son regard et je me suis immobilisée, jusqu’à me mettre à sourire aussi :
elle était sur le sol, les yeux clos avec un extraordinaire sourire !
il y avait un tel bonheur, une telle lumière sur son visage !
son petit-fils lui souriait en caressant doucement son front et ses cheveux…
Je suis restée un bon moment immobile à regarder cette incroyable scène :
elle était à l’endroit exact où elle avait raconté que se tenait papa,
elle avait mis ses chaussures et enfilé son manteau,
elle avait pris son sac et sa canne « pour partir » !
mais elle ne s’était pas dirigée vers la porte pour autant,
elle avait bifurqué vers le salon,
elle l’avait rejoint à l’endroit où il était quand il lui avait dit
« je vais très bientôt venir te chercher »


*

les "intuitions" de maman :-))

chapitre I



J’étais en huitième et mon institutrice s’appelait Nina Choulika ; c’était une amie “des grands” ; elle et son frère Vauva, diminutif de Wladimir, venaient à la maison et je la tutoyais en dehors de l’école ce qui faisait que je n’avais pas du tout peur d’elle.

Un matin, je me réveille comme d’habitude pour aller à l’école : Juliette partait d’abord, parce qu’au “grand pensionnat”, les cours commençaient à 7.50 h alors qu’au “petit pensionnat” où nous étions Jacqueline et moi, ils n’étaient qu’à 8.30h .

Maman entre soudain précipitamment dans ma chambre et me dit très vite : “tiens-toi tranquille et ne te montre pas, tu vas rester à la maison aujourd’hui, tu n’iras pas à l’école. Reste ici sans te faire remarquer jusqu’à ce que ton père soit parti. Tu as bien compris ?”

je la regarde, sidérée, mais ravie d’avoir congé et j’acquiesce, vois Jacqueline achever ses préparatifs et s’en aller, et attends interminablement, dans ma chambre, le départ de papa.

Finalement, maman vient me chercher : elle n’a plus du tout cette expression d’urgence qui m’avait frappée le matin, mais elle sourit et me dit d’un ton léger : “j’avais juste envie de te garder près de moi, aujourd’hui, et papa n’aurait pas approuvé …”

Je suis surprise mais bien contente de me retrouver avec elle à la maison et la matinée se passe sans rien de spécial jusqu’au retour de Jacqueline à midi. Nous déjeùnons toutes les deux, comme d’habitude, mais, inopinément, papa revient à la maison avant l’heure habituelle et nous trouvant à table, repère immediatement ma tenue.

“ Pourquoi n’es-tu pas en uniforme ? ” me demande-t-il aussitôt.

Prise de court, je bredouille que je n’avais pas été à l’école ; papa fonce alors vers leur chambre et j’entends une incompréhensible altercation entre eux…

Mais le temps passant, Jacqueline repart. Je reste là, effrayée, me demandant ce que je dois faire jusqu’à ce que papa sorte de la chambre et me dise d’un ton ferme : "va immédiatement enfiler ton uniforme, je te déposerai à l’école en partant.” Maman, derrière lui, pleure et me regarde comme si je partais pour toujours ???

J’obtempére et monte dans la voiture, intriguée mais inquiète surtout d’être en retard à l’école. Effectivement, quand j’arrive, le portail est fermé et je dois entrer par la petite poterne de droite que précèdent deux marches. Je sors de la voiture et traverse la rue en courant ; en arrivant à la porte, je réalise que la voiture est toujours là et je me retourne vers elle : je vois papa en train de me quitter des yeux et, regardant devant lui, faire signe de la main au chauffeur qui démarre, mais en me retournant, j’avais trébuché sur la marche et je suis tombée assise dessus, la seconde marche me heurtant violemment à hauteur du rein.



Je me suis relevée et suis entrée à l’école : ouf, personne à la porterie que je franchis rapidement et me dirige à pas de loup vers ma classe. En me voyant entrer, Nina Choulika sursaute et me demande :”tu arrives seulement maintenant ? mais qu’est-ce-que tu as ? ” Comme je n’étais pas venue le matin, j’ai pensé que c’était à ça qu’elle faisait allusion, n’ayant aucune idée de l’heure qu’il était et j’ai rejoint mon banc. Un peu plus tard, quand elle a passé près de moi, je lui ai dit que je me sentais drôle, que j’étais tombée, elle m’a répondu : “tu ne peux pas rester ici ; va chez Mère Khoury et demande-lui de téléphoner chez toi pour qu’on vienne te chercher ”.

Je sors donc et vais chez la “préfète” qui ne me laisse pas placer un mot, convaincue que j’avais été mise à la porte et me colle une punition à faire, assise à une table dans son bureau, que, par bonheur, elle quitte peu après.

Alors je cours à la porterie et demande à mère Kahil de pouvoir téléphoner et j’appelle la maison. Maman décroche aussitôt et dit “Colette ? pourquoi as-tu tellement tardé à appeler ? J’attends depuis une heure et demie ! j’avais pu retenir ton père jusqu’à maintenant mais il vient de partir ! Ça ne fait rien, ne t'inquiète surtout pas, j’arrive“ .

Je lève les yeux, l’horloge indiquait 3 heures. J’étais tombée à 1.30h, une heure et demie plus tôt.

Je me demandais : mais comment sait-elle que c’est moi alors que je n’ai encore rien dit. Et comment sait-elle que je suis tombée ?

Alors, avant que quelqu’un ne me surprenne, je dis : “maman, fais vite, je crois que je vais mourir”; je me rendais bien compte qu’il ne fallait pas dire ça mais c’était la phrase la plus brève et la plus complète que je trouvais pour la mettre au courant de mon état.

Ensuite, je suis sortie de la porterie et ai été m’allonger sur un petit muret à l'orée du parc.

Et puis maman est arrivée, je l’ai vue, très pâle, avec des lunettes noires, regarder autour d’elle, me cherchant. Je voulais me lever, l’appeler, lui faire signe, mais ce n’était pas possible.

Plus tard, elle est assise sur le muret, ma tête sur ses genoux, sa main sur mon front, elle regarde devant elle, je la vois par en-dessous, ses larmes coulent et ma voix ne sort pas.

Puis papa est là, il me porte sur la table de Dr Trad, qui secoue la tête derrière son cigare ; puis un autre, un autre médecin, un autre escalier, un autre ascenseur, interminablement, il fait noir, puis finalement la grosse voix de Dr Moraab, un professeur de Michel qui a convaincu papa d’essayer chez lui, et celui-là n’a pas secoué la tête et il m’a mise dans de la glace, des poches de glace partout autour de moi qui claquais des dents de froid malgré la pile de couvertures posées sur moi.



Et le temps a passé, je me suis remise et, onze ans plus tard, à Louvain, un soir que nous bavardions Juliette et moi, je dis : je n’ai jamais compris comment maman savait ce qui allait arriver. Elle a voulu me garder à la maison, elle savait que c’était moi au téléphone avant même que je ne parle, elle savait que j’étais tombée à une heure et demie !!!


et juliette, les yeux écarquillés, me dit :
Je ne savais rien de ce que tu viens de me raconter mais, la veille de ta chute, je me suis réveillée la nuit parce qu’il y avait de la lumière ; maman était debout à côté de ton lit, la main sur la joue, et elle disait : “ teslamillé ! que Dieu te protège” et ses larmes coulaient. Je l’ai appelée, je lui ai demandé ce qu’elle avait mais elle ne répondait pas, elle ne m’entendait pas !






Chapitre II



Quand Juliette m’a parlé de maman, la main sur la joue, n’entendant plus aucun bruit extérieur et ne lui répondant pas, j’ai revu une autre scène à laquelle j’ai assisté bien après ma chute d’enfant , près de dix ans plus tard :

Nous étions dans notre chambre, Jacqueline et moi, un matin, encore au lit, et nous bavardions toutes les deux quand Jawhara est venue dire à Jacqueline qu’on la demandait au téléphone. Elle éteint aussitôt sa cigarette et bondissant sur ses pieds, enfile son peignoir en m’enjoignant d’aller “’occuper les parents”.

Je vais donc dans la salle à manger où papa et maman déjeùnaient :
papa lisait son journal, brandi comme un écran devant lui et maman accoudée, la joue appuyée sur la main, regardait fixement devant elle. J’ai fait le tour de la table, les ai embrassés et me suis assise pour remplir ma mission : mon rôle consistait à éviter qu’ils ne rejoignent leur chambre en passant, fatalement, devant le téléphone.

Tout a coup, j’entends la voix de maman : une plainte, emplie de détresse, incantatoire, se parlant à elle-même, qui disait : “Jacqueline… Jacqueline est par terre… sa tête … attention sa tête …” et je m’entends crier : "mais maman, qu’est-ce-que tu racontes ? Jacqueline est dans son lit !" et je regarde du côté de papa : il n’a pas abaissé son journal, je ne vois que ses mains, si crispées sur le papier !

Et maman continue de la même voix à évoquer Jacqueline, gisante … et voilà qu’elle parle de sang rouge sur le marbre blanc et je me sens bouleversée, malade et je crie à papa : "mais fais quelque chose ! mais qu’est-ce-qu’elle raconte ?"

Lentement, papa abaisse son journal ; il a pris 10 ans en quelques minutes ; il ne regarde pas maman , me dit d’une voix atone : “ne te fatigue pas, elle ne t’entend pas” et me demande, l'air accablé : “où est ta soeur ?” je réponds aussitôt : “au téléphone.” Alors papa se lève pesamment et se dirige vers leur chambre puis je l’entends crier, presque triomphant, sûrement soulagé : “il n’y a pas de sang !”

mais maman continue sa litanie “…sa tête… attention à sa tête… sous sa tête…” et stupidement, je répète, criant vers papa “sa tête, regarde sous sa tête" puis je cours à mon tour vers le téléphone.

Jacqueline est par terre, inconsciente ; papa accroupi près d’elle soulève précautionneusement sa tête : le marbre est tout rouge. Il la repose prudemment et crie dans le téléphone “mais raccrochez, bon sang, je dois appeler un médecin !"

Quelques instants plus tard, Docteur Farah et papa transportaient Jacqueline à l’Hôtel-Dieu.

Maman était très calme, très sociale, très paisible, elle leur a souri en les rassurant “ce n’est pas grave, mais ne traînez pas ” …

Elle n’a rien dit de plus, et est entrée dans sa chambre.



21.1.09

ma vie...




Ma vie
Vécue combien de fois
Je n'en finis pas de la vivre
Elle s'écoule devant moi



Des voiles se lèvent parfois
Révélant les causes profondes
De vieux souvenirs enfouis
Ne libérant qu'une tendresse
Infiniment pétrie de paix



Et je m'émerveille en silence de la violence de la vie
De sa ténacité profonde, de son apaisante douceur
D'avoir permis que soit l'oubli
Jusqu'à ce que l'âme, plus forte, puisse affronter
Enfin armée,
Ce qui n'était que du mensonge
Du camouflé ou du mal-dit
Du mal-senti
Malentendu
Ou pas compris…
Si meurtriers



C'est comme un oignon qu'on épluche
Couche après couche, patiemment
Qui par moment pique les yeux


Et ce qui n'était qu'une peau
Devient de plus en plus vivant
Et nous entraîne lentement
Plus près du cœur
Plus près du germe
Où l'on découvre, émerveillé,
Une autre vie prête à jaillir.


1999








ENDORMISSEMENT



Quand je ferme les yeux

S'apaisent les orages

Et c'est une impression sans corps et sans visage

Sans contact et sans mots de n'être plus tout seul



Les angoisses du jour n'ont plus qu'à disparaître

Une immense tendresse enveloppe mon être

Généreuse et complice apaisante et si bleue



Lors je glisse allégé vers un vide insondable

Où je ne pèse rien où rien ne fait obstacle

Et j'entre dans ma nuit comme un vaisseau éteint



Mes rêves ont pourtant des relents de débâcle

Mais il n'en reste rien quand revient le matin

1999



19.1.09

SOIT DIT EN PASSANT...

HUBBLE trou dans la Voie Lactée



qui donc es-tu ?
je ne te connais pas
tu es sans doute de là-bas
l’autre entre-temps perdu
évanescé
et disparu

tout s’est effacé
jusqu'à ces chaussettes
aussi rouges que la maison d'un rire où j’ai dansé
si légère

plus rien n’est rouge
sinon les lourdes paupières fermées au soleil
quand tout flambe dans ma mémoire …
sinon les blessures béantes par où la vie sortit de moi


non
je ne m’appelle plus et ne suis à personne

icare s’est écrasé, qui naviguait en plein ciel
des mains si serrées sur ses hanches…
et qui le projetaient loin
haut…
où le soleil se rapprochait à toute allure

oh ! ces incursions dans l’espace !

mais le trou noir a absorbé la source blanche
la vie arrêtée se rétracte à une vitesse vertigineuse
je ne suis plus

qui donc es-tu ?
je ne te connais pas
voilà


juin 2005

*

9.1.09

LE BON BOUT




du bout du coeur
du bout des lèvres
j'ai bien dû vivre

sans voir le bout et jusqu'au bout
il fallait suivre

à bout de souffle et de courage
j'ai mis les bouts j'ai pris le large
j'étais à bout

j'ai fait naufrage
et je m'en fous
de bout en bout


1999














ABDICATION

il ne fallait pas croire aux reflets des soleils
l’esprit est mort là-bas
du côté de l’orient
et l’espoir abandonne

chaque matin attend d’assassiner son rêve
et de nous atteler pour cet enterrement


je veux dormir encore



1970







est-ce vraiment malheureux les pierres ???????

petite récré !


les pierres ne pleurent pas
même les plus malheureuses
où la mousse ne prend pas

schisteuses ou calcareuses
elles roulent sous les pas

ces pauvres pierres n’ont pas
une beauté ténébreuse
un particulier éclat

parfois même trébucheuses
on leur en veut d’être là
et d’une jambe furieuse
on les fait bouler
plus bas


les pierres ne pleurent pas
ne haussent pas les épaules
ne répondent même pas

il semble que je perçois
lorsque mon regard les frôle
ce qu’elles ne disent pas


ainsi vogue la galère
où je vais pas après pas
malheureux comme les pierres

déc 2001

7.1.09

GALEJADE !

*
LES MÉDAILLÉS DE LA DOULEUR.....


hé !
je ne suis pas n'importe qui
j'ai souffert
moi
et je tiens à...
que dis-je ?
j'exige
que ce soit reconnu
qu'on me rende justice !

hé ! pssssttt ! toi, mon psy
confirme-moi donc ça !
dis-leur à tous ceux-là tous mes titres de gloire :
ce par quoi j'ai passé de sinistre mémoire
ce que j'ai enduré au cours de mon histoire.
viens !
regarde avec moi mes trésors momifiés,
toute cette sanie,
ces étrons desséchés,
tout ce que j'ai subi de douleur ou d'insulte
pieusement conservé dans mon musée occulte !

Hé oui !
moi j'ai souffert !
ça vaut quelle médaille ?
SOUS-FAIRE !
ce n'est pas rien !
il faut bien que ça vaille quelque chose après tout !

mon prix n'est pas surfait
j'ai eu tellement mal !
mais ne suis pas vénal
j’ai fait tout ça pour rien !

donnez-moi ma médaille et serrez-moi la main !
*
2001
*
* *
*
CHANSON DU PSYNIQUE
*
y en a qui font d'l'épate
en se fringuant chicos
d'autres sont forts en maths
et certains sont beaux gosses
mais ya toujours dans l'tas un nul qu'a que dix doigts

y en a qui ont des mères
qui soufflent les bobos
et d'autres ont des pères
qui les prenn'nt à moto
mais ya toujours dans l'tas un p'tit nul qu'en a pas

y en a que tout's les filles
leur tombent dans les bras
ils sont toujours nantis
ils piqu'nt ce qu'ils n'ont pas
mais ya toujours dans l'tas le nul qu'est seul là-bas

y en a qui gueulent fort
et cognent aussi sec
y en a qu'ont jamais tort
et qui clouent tous les becs
quant au p'tit nul là-bas ben on n'le voit mêm' pas


alors moi
ces p'tits nuls
je les ai repérés
coincés sous ma férule
je les pousse à parler
toujours ils finiront par se mettre tout nus
et montrer leurs bubons pour être reconnus

grâce à eux je travaille
en tout bien tout honneur
leur fourguant la médaille
de la légion des peurs
*
2001
*
* *
*
JE ME DEMANDE...


j'ai eu mal
j'avais mal
à m'en couper le souffle

la modestie est fausse
autant que la pudeur
quand prenant à la gorge
elle étouffe les cris
fait ravaler les larmes
ignorer la douleur
juguler les sanglots
résister à tout prix

on vit souffle coupé
suspendu à un fil
hagard
déboussolé
transi jusqu'à la fibre
muré
aveugle et sourd
braqué sur son nombril
on traverse le temps
en perte d'équilibre

mais l'on survit
pourtant

il fallait que tu viennes

qu'il est bon l'air frais dans mes poumons dépliés
souffle pur sur mes yeux

au fond
toutes ces peines
qui lentement nous font devenir mausolée

؟ ؟ ؟ on attend seulement d'en être consolé ? ? ?
*
2001
*
* *
*

5.1.09

pauvre col !

À ce si cher Ruteboeuf !


Que sont mes désirs devenus
Maintenant que je suis chenu
Et tant blasé
Sans doute trop sollicités
Je crois le temps les a usés
L'envie est morte
Mes essais maintenant avortent
Bah ! Que le diable les emporte !
……
Les emporta !

Avec le temps hé ! Tout s'affaisse
Le menton les seins et les fesses
Tout décatit
C’est une vraie foire d'empoigne
Combien le chagrin parfois poigne
Quand on faiblit
'Ne convient pas que vous raconte'
Mais là vraiment j'ai eu mon compte
Quelle chienlit !

Que sont mes désirs devenus
Qui me transportaient vers les nues
Dans quelle ivresse
Je dois en avoir abusé
Pour que le temps les ait usés
L’envie est morte
'Le mal ne sait pas seul venir
Tout ce qui m'était à venir
M’est advenu'

Comme se vide la mémoire
Il ne reste dans mon histoire
Aucune attente
J’ai mal au dos, aux dents, au ventre
Et je dors tout seul dans mon antre
La vie est morte

Déjà j'entends grincer la porte
C’est le diable qui tout emporte
....
Salut les gars !

Faux-col !